Tirer le meilleur parti d’une vidéo en classe de FLE


Les vidéos font partie prenante de notre vie quotidienne, avez-vous déjà calculé combien de vidéos vous regardez en une journée ? Pour peu que vous passiez du temps à faire défiler les fils de vos réseaux sociaux le nombre peut rapidement atteindre une cinquantaine, si ce n’est plus. Qu’en est-il alors de nos apprenants, notamment des plus jeunes ? Avec le développement de réseaux sociaux comme YouTube ou TikTok, le format vidéo est plus que jamais un support qu’ils connaissent, qu’ils apprécient et qu’ils consomment.

C’est pourquoi il est indispensable qu’il fasse partie de la classe de français, qu’il y ait une vraie place, et pourquoi pas inciter les élèves à produire leur propre contenu vidéo à leur tour, puisqu’ils en maitrisent les codes et que les outils pour fabriquer rapidement des vidéos impactantes se sont très amplement développés ces derniers temps.

Mais avant de se lancer à utiliser la vidéo à tout va en classe de FLE il convient de se demander tout d’abord ce qu’elle peut apporter à notre enseignement et à l’apprentissage de notre langue pour les élèves. Nous ferons ensuite l’inventaire (non exhaustif) des différentes compétences que l’on va pouvoir travailler grâce au support audiovisuel. Et enfin, nous proposerons quelques idées très concrètes d’activités à réaliser à partir des vidéos qui se trouvent sur l’Espace Virtuel.

Pourquoi utiliser le support vidéo ?

Le support vidéo apporte de multiples intérêts dans la classe de FLE. Tout d’abord, il est clair que lorsqu’on annonce à nos élèves que « Maintenant on va regarder une vidéo ! », les visages s’illuminent et même les plus endormis redressent la tête intrigués. La vidéo stimule la motivation, redonne de l’énergie, éveille la curiosité. On referme les livres pendant un moment, on va plonger dans un nouvel univers, découvrir de nouveaux paysages, entendre parler de nouvelles personnes, il y aura peut-être de la musique, de l’humour, des émotions… Bref, on a envie d’en savoir plus !

Une fois la vidéo lancée, l’élève se retrouve immergé dans un bain linguistique et culturel francophone, dans lequel il va voir et entendre de nouveaux locuteurs de français dans leurs milieux naturels (si l’on a sélectionné une vidéo authentique) qui s’expriment de manière naturelle. C’est donc à la fois un défi et un plaisir de construire sa compréhension progressivement pour s’approprier cette nouvelle langue et cette nouvelle culture.

Heureusement, le format vidéo va permettre à l’élève de s’appuyer sur les images qui fonctionnent comme vecteur entre les langues pour l’aider à accéder au sens. En effet, se concentrer tout d’abord sur les images avant les mots, va lui permettre de formuler des hypothèses sur la situation, les enjeux, les personnages de la vidéo.

Enfin, on l’a tous remarqué, au même titre que la motivation, il est bien plus facile de faire parler nos apprenants à partir d’une vidéo que d’un texte écrit. Le visionnage d’une vidéo stimule l’expression qu’elle soit orale ou écrite. Nous développerons plus tard quelques idées concrètes pour travailler la compétence de production ou d’interaction orale ou écrite à partir d’une vidéo de fiction.

Bien choisir sa vidéo

Avant de projeter une vidéo à ses élèves il est intéressant de réfléchir à quelques critères au moment de choisir une vidéo. Si l’on décide d’utiliser une vidéo disponible sur une plateforme pédagogique comme l’Espace virtuel les critères qui suivent auront normalement déjà été vérifiés, c’est un gain de temps notable ! Mais parfois si l’on souhaite rebondir sur l’actualité ou partager avec nos élèves une vidéo qui nous tient à cœur il faudra bien veiller à ces quelques critères.

Tout d’abord ne pas perdre de vue notre objectif pédagogique et faire en sorte que la vidéo choisie permette de travailler dans cette direction. Il est important ensuite de veiller à la qualité du support, tant sur le plan technique (qualité de l’image, du son, de la réalisation) que sur le plan de la validité des contenus. On trouve aujourd’hui sur internet des vidéos sur tous les sujets mais dont les contenus n’ont pas toujours été vérifiés, il faudra donc bien faire attention aux sources.

Enfin avant de créer notre exploitation pédagogique il serait intéressant de réfléchir à l’intérêt du son comme de l’image, puisque l’on pourra baser une partie du travail sur l’analyse des images qui aideront l’élève à accéder au sens et stimuleront sans doute plus facilement son expression.

Quelles compétences peut-on travailler avec une vidéo ?

La compétence de compréhension orale

C’est sans doute la plus évidente, la première à laquelle on pense en tant que professeur de langue. Elle est importante et va être plus accessible pour l’élève grâce à l’image que lors de l’écoute d’un document audio. En effet le support visuel va donner à notre apprenant de nombreux éléments extralinguistiques qui seront autant d’indices pour lui faciliter l’accès au sens. En plus des images, il pourra aussi s’appuyer sur le para verbal et le non verbal des locuteurs, leurs gestes, leurs expressions faciales, leurs styles vestimentaires, leurs visages etc…

Notre rôle en tant qu’enseignant ici sera de guider petit à petit l’apprenant vers la compréhension la plus complète qui soit (en fonction de son niveau), tout en lui permettant de mettre en place des stratégies de compréhension qu’il pourra répéter les fois suivantes, et développer de cette manière une plus grande autonomie dans la réception de la langue.

La compétence de compréhension orale est en général largement développée dans les exploitations pédagogiques disponibles sur les plateformes pédagogiques ou dans les livres, c’est pourquoi nous ne nous attarderons pas sur cette partie.

La compétence interculturelle

Comme nous l’avons mentionné précédemment, le visionnage d’une vidéo plonge le spectateur dans un bain linguistique mais aussi culturel, dans lequel chaque petit détail pourra être l’objet d’une discussion. En effet, il pourra être important de faire remarquer les gestes, les vêtements, les paysages, les panneaux, l’architecture, l’organisation des villes, la nourriture… Chaque élément va pouvoir être la source de discussion et on pourra inciter l’élève à comparer avec sa propre culture, ou les autres cultures qu’il connaît. Puis pourquoi pas à reproduire à son tour une scène de la vidéo visionnée en modifiant les détails ou les paysages pour qu’ils caractérisent son pays d’origine. Ce type d’activité peut permettre de lancer des discussions interculturelles passionnantes au sein des classes, quel que soit le niveau des élèves.

La production orale ou écrite

La vidéo peut jouer le rôle de déclencheur d’expression, tel que nous l’avons mentionné plus haut, mais elle pourra aussi devenir une matrice, un modèle de production. En effet un reportage sur un sujet faisant polémique pourra inciter les apprenants à s’exprimer, donner leur avis, argumenter lors d’une production orale ou écrite. Un micro trottoir pourra donner lieu à la production d’une vidéo du même type au sein de la classe, de l’établissement ou plus largement de la ville, dans un contexte francophone. Les élèves pourront alors s’approprier les codes de la vidéo d’origine pour en copier le format, aussi bien technique que linguistique.

La compétence de remédiation

Le visionnage de certaines vidéos conçues spécifiquement pour l’apprentissage du français peut permettre aux apprenants de mieux comprendre certains points de langue puisque l’on va utiliser à la fois le canal visuel et le canal sonore pour expliquer par exemple un point de langue. D’autre part, une collection comme « Les Microfilms » qui sont des courts-métrages créés pour les apprenants de FLE, va permettre de mettre en valeur certaines expressions, tournures de phrases ou structures particulières et inciter l’apprenant à les réutiliser plus facilement dans ses prochaines productions.

D’autre part, on peut également utiliser la vidéo pour enregistrer nos élèves lors de leurs prestations à l’oral, et de cette manière les inciter à l’autocorrection et développer leur compétences d’autoévaluation. Ce type d’exercice permet aussi de garder une trace des progrès des élèves. Ce sera sans doute très gratifiant pour eux de se revoir parler au début de l’année et de se rendre compte du chemin parcouru.

Des idées d’activités

Il s’agit ici de proposer quelques idées d’activité à partir de certaines vidéos présentes sur l’Espace Virtuel. Ces vidéos possèdent toutes une exploitation pédagogique complète en ligne ou en format papier, l’idée ici est plutôt de proposer d’autres idées qui seront transférable à n’importe quelle vidéo de la collection et adaptable à de nombreux objectifs pédagogiques.

Avec un « court-métrage » ou un « micro-films »

Les courts métrages disponibles sur l’Espace Virtuel ne durent pas plus de 7 à 8 minutes ce qui permet d’imaginer une exploitation vraiment complète sur une séance de classe d’1h ou 1h30, et laisse la possibilité d’imaginer des petites productions qui pourront reprendre le format du film.

On pourra ainsi par exemple proposer aux élèves de rejouer la scène qui les a le plus touchés dans le film, en changeant certains détails : les personnages, l’issue de la scène, l’époque, les rôles…

Pour travailler la production écrite, on pourra leur proposer d’écrire les sous-titres du film (ou d’une scène) soit comme un exercice de dictée soit là aussi en modifiant le sens de la scène et en faisant dire à leur personnage ce qu’ils souhaitent. Il pourra être intéressant de leur imposer des contraintes linguistiques ou stylistiques pour obtenir des productions originales.

Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas leur proposer de faire le doublage d’une scène, là aussi en proposant une nouvelle intrigue, un nouvel enjeu pour les personnages.

Ces différentes activités peuvent être réalisées avec tous les publics et tous les niveaux du moment que l’on définisse convenablement la consigne, la durée et que le travail préalable leur permette d’avoir tous les éléments.

Avec un « grammaclip »

Il s’agit de petits films animés dans lesquels des personnages expliquent des points de langue (les articles, les verbes pronominaux, le passé composé…) en quelques minutes à l’aide de supports visuels et de mises en situation.

Ces courtes vidéos sont l’occasion de mettre en œuvre des dynamiques de « classe inversée », où les élèves vont prendre connaissance en autonomie de ces points de langue grâce à l’exploitation pédagogique complète disponible sur l’Espace virtuel. Puis lors du temps de classe, ils disposeront alors de plus de temps pour utiliser ces outils linguistiques lors d’activités de productions ou d’interaction.

On peut aussi imaginer des exercices de « classe renversée » dans lesquels un ou deux élèves visionnent la vidéo, s’approprient le point de puis expliquent à leurs pairs ce qu’ils ont compris. Ce sont alors les élèves qui font la classe, et non l’enseignant. Ce processus peut faciliter la compréhension des autres élèves puisqu’un premier travail de « vulgarisation » aura été fait par leurs camarades.

On pourra aussi proposer aux apprenants de réaliser une carte mentale ou une infographie pour résumer le contenu et les points importants du « Grammaclip » et ainsi obtenir un support visuel utilisable par toute la classe.

Et enfin leur proposer de jouer une scène, à la manière des personnages, dans laquelle le point de langue sera mis en situation, ce qui permettra à l’enseignant de vérifier qu’il est bien acquis et d’y remédier si nécessaire.

Avec un « Lexville »

Dans ces courtes vidéos qui reprennent les codes des jeux vidéo, les personnages découvrent un champ lexical, de niveau A1 ou A2, lié à une thématique en particulier.

Ce format de vidéos peut être le prétexte à de nombreuses activités ludiques :

  • Après le visionnage de la vidéo on proposera aux élèves de choisir 4 mots de la liste qu’ils aimeraient réutiliser et d’inventer une histoire à partir de ces 4 mots.
  • Faire un concours du plus grand nombre de mots mémorisés à la fin de la vidéo.
  • Anticiper les mots qui vont apparaître dans la vidéo avant de la regarder, sous forme de concours.

Pour conclure

Comme vous pouvez le constater les vidéos permettent de mener en classe des activités très diverses, ludiques ou plus académiques, pour s’exprimer, réfléchir, comprendre le fonctionnement de la langue ou jouer. Il est important de garder en mémoire les critères pour bien choisir la vidéo et de penser à une exploitation qui conviendra au niveau et au profil des élèves, puis de laisser son imagination (et la leur) déborder !