Mon métier, prof de FLE


Professeur, c’est sans doute l’un des plus beaux métiers du monde ! Le métier de prof de FLE est passionnant, prenant, varié. C’est un métier exercé aux quatre coins du monde, dans toutes sortes de contextes et de conditions. Aux Éditions Maison des Langues, nous avons donné la parole aux profs de FLE et recueilli leurs témoignages.

Je participe !

Fanny Grosse

Présentez-vous : comment vous appelez-vous ? D’où êtes-vous originaire ? Où travaillez-vous ? À qui enseignez-vous ?

Je m’appelle Fanny et je suis originaire du pays de l’andouille, Vire en Basse-Normandie. Je vis en Espagne depuis de nombreuses années et je me suis installée à Antequera, dans la province de Malaga, où je suis professeur de FLE à l’école officielle de langues depuis 2010. J’ai la chance de pouvoir enseigner à un public essentiellement d’adultes mais surtout à des apprenants motivés qui s’inscrivent volontairement à leurs cours. Depuis 2010, j’ai enseigné tous les niveaux proposés dans notre école, à savoir du niveau A1 au niveau C1.

Pourquoi êtes-vous devenu enseignante de FLE ?

Je me suis toujours intéressée à l’apprentissage des langues étrangères quelles qu’elles soient. Ma formation initiale d’espagnol me conduisait plutôt à enseigner la langue espagnole en France. Suite à une année Erasmus à Grenade, j’ai décidé d’y rester, ce pour quoi j’ai dû réorienter ma carrière. Il m’a fallu reprendre le chemin de l’école et me former en FLE pour réussir un concours de professeur de français en EOI en Andalousie.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Il y a beaucoup de choses que j’aime dans mon métier mais si je dois en sélectionner une en particulier, je dirais le côté relationnel de ma profession. Les très bonnes conditions dans lesquelles j’ai la chance de travailler font que nous pouvons organiser des activités extrascolaires originales et adaptées au profil de nos apprenants. Par exemple, j’ai organisé à plusieurs reprises une dégustation de fromages français (avec une sélection de 17 fromages presque exclusivement au lait cru).

Qu’est-ce que vous aimez le plus enseigner à vos élèves ?

J’aime partager ma culture francophone avec mes apprenants. Je dis bien francophone et non française car je tiens à leur faire prendre conscience des variantes lexicales et culturelles liées à notre langue.

Quel est le rituel de classe que vous préférez ?

Avec mes élèves débutants, j’ai tendance à utiliser beaucoup les gestes pour me faire comprendre, ou plutôt à ajouter le geste à la parole pour les aider à interpréter ce que je leur dis.

Dans les cinq premières minutes du cours, catastrophe (la technologie tombe en panne, les élèves ne réagissent pas bien aux activités que vous avez prévues…). Quel est votre plan B ?

La première chose est de rester zen ! Étant habituée aux problèmes technologiques dans mon école, j’ai appris à toujours avoir un plan B au cas où… Pour les compréhensions orales par exemple, quand le son des ordinateurs ne fonctionne pas, il me suffit de prendre un lecteur mp3 portable et d’envoyer l’audio de mon téléphone (gardé préalablement sur Classroom) par Bluetooth. Quel que soit le problème, il y a toujours une solution. Mieux vaut y penser avant pour faire preuve d’efficacité et y faire face rapidement.

Racontez-nous votre anecdote la plus drôle / marquante / touchante en classe de FLE.

Il nous arrive très souvent d’être pris d’un fou rire en classe ! Quand un étudiant confond un mot pour un autre par exemple, cela peut parfois faire sourire… Imaginez « des avances » pour « des avancées », « être constipé » pour « être enrhumé », etc. Je ne perds jamais l’occasion de le leur expliquer !

Y a-t-il un livre ou un film en particulier que vous aimeriez recommander à vos collègues de FLE ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Je conseillerais à tout prof de lire le roman autobiographique de Daniel Pennac, Chagrin d’école. Non seulement c’est très drôle mais en plus l’auteur donne un bon exemple aux apprenants qui se sous-estimeraient. Après un parcours scolaire qu’on peut qualifier de médiocre, il est quand même parvenu à devenir professeur de français et c’est désormais un écrivain reconnu dans le monde littéraire (Prix Renaudot 2007) !

Où vous voyez-vous dans 5 ans ? Un défi ou un souhait professionnel en vue ?

J’envisage de rester dans l’école où je travaille actuellement puisque je m’y plais bien. Par ailleurs, l’une de mes aspirations est de participer à l’élaboration d’un manuel scolaire ou de matériels pédagogiques. Je prépare de nombreuses activités pour mes apprenants à partir de documents authentiques et j’espère bien pouvoir partager certaines d’entre elles un jour dans une publication.

Avez-vous un site web, un blog ou un compte sur les réseaux sociaux que vous souhaiteriez partager ?

J’essaie de publier assez régulièrement en ligne pour partager des activités et/ou des idées. Voici notamment un de mes sites dans lequel vous trouverez un petit peu de tout : https://fannygrosse.weebly.com/

 

 

 

Martine Sengelin

Présentez-vous : comment vous appelez-vous ? D’où êtes-vous originaire ? Où travaillez-vous ? À qui enseignez-vous ?

Je m’appelle Martine, je suis française, j’enseigne le FLE à titre bénévole depuis une dizaine d’années. Je travaille à l’association APPUIS de Colmar. Les apprenants sont des demandeurs d’asile, adultes, d’origine européenne, asiatique et africaine.

Pourquoi êtes-vous devenue enseignante de FLE ?

J’aime la langue française, j’aime l’échange et la rencontre avec des cultures différentes. Dans le cadre de mon travail en université, j’accueillais des étudiants étrangers ; j’ai vu de près comme il était difficile de s’intégrer dans une autre culture, même en étant en situation régulière. Cette mission m’a donné envie de m’investir dans du bénévolat et d’apprendre le français à des réfugiés.

J’ai d’abord travaillé avec des adultes francophones, en situation précaire et qui avaient besoin de se perfectionner à l’écrit. Puis j’ai suivi des personnes étrangères notamment des hockeyeurs de niveau international, russes, finlandais, estoniens… J’ai ressenti le besoin de me former et j’ai suivi les cours du CNED tout en travaillant. Puis j’ai travaillé, toujours bénévolement avec des Irakiens, des personnes des Balkans, de différents pays d’Afrique…

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

La rencontre avec d’autres cultures, la satisfaction de voir quelqu’un progresser et devenir autonome.

Qu’est-ce que vous aimez le plus enseigner à vos élèves ?

Leur donner des clés pour se débrouiller au plus vite dans une culture très différente de la leur.

Quel est le rituel de classe que vous préférez ?

Proposer des jeux brise-glace et voir sourire et rire des personnes aux prises avec une vie très difficile, leur donner une parenthèse ….

Dans les cinq premières minutes du cours, catastrophe (la technologie tombe en panne, les élèves ne réagissent pas bien aux activités que vous avez prévues…). Quel est votre plan B ?

Les débuts de cours ne sont JAMAIS comme j’ai prévu ! Apprenants absents ou personnes non prévues…Du coup, je viens toujours avec des exercices de secours.

Racontez-nous votre anecdote la plus drôle / marquante / touchante en classe de FLE.

La plus drôle : Un apprenant souvent en retard a été briefé et il est désormais à l’heure. Il accueille maintenant les retardataires en leur interdisant l’accès au cours avec beaucoup d’humour.

La plus marquante : le jour où un couple d’Arméniens a appris juste avant le cours qu’ils devaient repartir dans leur pays. C’était la première fois que j’étais confrontée à cette situation, difficile de faire cours après…

La plus touchante : un cours sur la famille et une jeune femme géorgienne tente de m’expliquer quelque chose que je ne comprends pas, elle tape sur son téléphone : mes parents sont morts…

Y a-t-il un livre ou un film en particulier que vous aimeriez recommander à vos collègues de FLE ? Si oui, lequel et pourquoi ?

Je m’inspire de plusieurs manuels mais aucun ne me convient vraiment.

Où vous voyez-vous dans 5 ans ? Un défi ou un souhait professionnel en vue ?

J’espère pouvoir enseigner le plus longtemps possible, avec la même passion ! Mon rêve serait d’être… rémunérée maintenant que je suis à la retraite !

 

Lilita Kokkina

Présentez-vous : comment vous appelez-vous ? D’où êtes-vous originaire ? Où travaillez-vous ? À qui enseignez-vous ?

Je m’appelle Lilita Kokkina. J’enseigne le FLE à l’Université nationale Metchnikov d’Odessa, en Ukraine, mon pays natal. Nos étudiants sont de futurs enseignants de français, traducteurs, interprètes et spécialistes en lettres.

Pourquoi êtes-vous devenue enseignante de FLE ?

À l’âge de trois ans j’ai définitivement choisi de devenir professeure. Le français… une simple histoire de coup de foudre… Étant scolarisée dans une école spécialisée en maths, étouffée par toutes ces choses incompréhensibles, j’ai eu une gorgée d’eau fraîche, de la potion magique avec ma première leçon de français, à 11 ans. Le charme irrésistible de notre professeure, son allure, sa belle langue inconnue avec cette mélodie de sons magiques… Et voilà ! C’est à ce moment-là qu’on s’est unis pour toujours, le français et moi.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Je suis utile, énormément utile. Être professeur, ça signifie aider, être à l’écoute, assister, guider, remplacer les éléments absents dans la vie de nos apprenants, faire partie intégrante de leur existence.

Qu’est-ce que vous aimez le plus enseigner à vos élèves ?

J’adore tout ! Il m’est difficile de trancher, découper la phonétique de la grammaire, par exemple. La langue, c’est un être vivant, alors ça lui ferait du mal !

Quel est le rituel de classe que vous préférez ?

Je commence toujours par préciser si mes étudiants vont bien ou super bien, en exigeant des explications, des justifications et des arguments. Bien sûr, tout ça, en riant et nous moquant des problèmes de notre quotidien, ce qui redonne le moral, surtout maintenant, en pleine guerre…

Dans les cinq premières minutes du cours, catastrophe (la technologie tombe en panne, les élèves ne réagissent pas bien aux activités que vous avez prévues…). Quel est votre plan B ?

On parle. On parle toujours. On adore se poser des questions à tour de rôle, en révisant la grammaire, par exemple : « Qu’est-ce que tu as fait hier ? » « À qui as-tu pensé avant de t’endormir ? » etc.

Racontez-nous votre anecdote la plus drôle / marquante / touchante en classe de FLE.

C’est toujours drôle quand quelqu’un se trompe de prononciation et le mot signifie quelque chose de marrant dans la langue maternelle. Les éclats de rire sont garantis.

Y a-t-il un livre ou un film en particulier que vous aimeriez recommander à vos collègues de FLE ? Si oui, lequel et pourquoi ?

L’auberge espagnole, Les poupées russes, Le casse-tête chinois. Cette trilogie est super efficace quand on apprend la civilisation française, surtout en comparaison avec les autres modes de vie.

Où vous voyez-vous dans 5 ans ? Un défi ou un souhait professionnel en vue ?

J’espère m’investir toujours dans le même domaine, avec la nouvelle génération d’étudiants. Bien évidemment, je voudrais me développer, élaborer de nouveaux cursus universitaires et renouveler les anciens.

Avez-vous un site web, un blog ou un compte sur les réseaux sociaux que vous souhaiteriez partager ?

https://www.instagram.com/p/CjNNVYSLbPx/?igshid=YmMyMTA2M2Y=

Camille Deschamps

Présentez-vous : comment vous appelez-vous ? D’où êtes-vous originaire ? Où travaillez-vous ? À qui enseignez-vous ?

Je m’appelle Camille Deschamps, je suis française, originaire de la banlieue parisienne. Je vis dans le nord de l’Angleterre, où j’enseigne le français et l’espagnol à des adultes. Je suis employée par le County Council, c’est-à-dire que je fais partie de la fonction publique territoriale.

Pourquoi êtes-vous devenue enseignante de FLE ?

J’ai été intéressée par les langues et la linguistique très tôt, ça date de mes cours de latin au collège. Et puis j’avais une amie en seconde qui était roumaine et qui venait d’arriver en France. Je me souviens du plaisir que j’ai eu à l’aider en français (elle m’aidait en maths !). Par contre, je ne voulais surtout pas être prof !! Je viens d’une famille de profs, et j’ai tout fait pour ne pas l’être… Et puis au final, le FLE à l’université me donnait un moyen de voir du pays, et de rejoindre mon copain en Angleterre. Mes expériences d’enseignement en collège et lycée n’ont pas été concluantes, c’est le moins qu’on puisse dire ! Mais avec un public d’adultes, je trouve que prof de FLE, c’est un métier qui me correspond parfaitement !

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Les gens que je rencontre !

Qu’est-ce que vous aimez le plus enseigner à vos élèves ?

J’aime beaucoup leur en faire comprendre plus sur leur propre langue, l’anglais. Je passe par l’étymologie pour que le vocabulaire fasse sens. Les mots « mouton » et « bœuf » désignent l’animal et la viande, alors qu’en anglais « mutton » et « beef » ne désignent que la viande. Les mots pour les animaux, « sheep » et « cattle » sont, eux, d’origine germanique. Ça remonte au Moyen-Age : après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, pendant quatre siècles l’aristocratie en Angleterre parlait français. C’est donc du français que vient le vocabulaire de la table, alors que le vocabulaire de la ferme est issu de l’« Old English », parlé par les paysans.

Ce genre d’anecdotes historiques aident les élèves à se souvenir du vocabulaire français, mais aussi à voir comment les langues ont dialogué ensemble pendant des siècles, et s’enrichissent au contact les unes des autres.

Quel est le rituel de classe que vous préférez ?

J’ai une routine que j’appelle « Comment ça va ? » pour débuter les cours. J’enseigne «Comment ça va ? » et « Ça va très bien / bien / moyen / mal, et toi ? » aux débutants lors de leur première leçon, ils pratiquent en groupes de deux. À partir de la deuxième leçon, c’est comme ça que commencent tous mes cours : les élèves demandent à leur voisin comment ils vont. Quand ce dialogue est bien assimilé, je leur enseigne « pourquoi ? » et « parce que ». Au fur et à mesure de l’année, la routine se développe (en hiver, on parle de l’état de santé, au printemps, de la météo, etc.). À la fin de l’année, ils peuvent avoir une conversation tout à fait naturelle pendant 5/10 minutes, sans que j’ai besoin d’intervenir.

Dans les cinq premières minutes du cours, catastrophe (la technologie tombe en panne, les élèves ne réagissent pas bien aux activités que vous avez prévues…). Quel est votre plan B ?

Dans ces cas-là, une activité qui marche toujours, pour tous les niveaux, qui ne nécessite aucun matériel et qui est facile à expliquer, c’est une version de « Au marché, j’ai acheté… ». C’est un jeu de mémoire qui peut être utilisé avec toutes sortes de vocabulaire et pour pratiquer des structures grammaticales variées : « Ce weekend, si je pouvais, je ferais du vélo / j’irai au restaurant / je regarderais la télé ». C’est toujours utile de réviser à l’oral, c’est rigolo, et ça me laisse 10 minutes pour trouver une solution !

Racontez-nous votre anecdote la plus drôle / marquante / touchante en classe de FLE.

Je me souviens d’une dame qui avait beaucoup de mal à accomplir une activité où il s’agissait de donner des directions. Elle était très gênée et embarrassée, ce qui m’avait surprise car ce n’était pas son caractère. Elle m’avoue enfin, en chuchotant très bas, que le problème n’était pas le français, mais qu’elle ne connaissait pas sa gauche et sa droite ! Je l’ai rassurée rapidement : moi non plus ! Et je lui ai dit qu’au fil des années, j’avais remarqué que c’était le cas d’un homme sur dix et d’une femme sur cinq, qu’il n’y avait vraiment pas de quoi être embarrassée. Elle en avait les larmes aux yeux…

Y a-t’il un livre ou un film en particulier que vous aimeriez recommander à vos collègues de FLE ? Si oui, lequel et pourquoi ?

J’aime beaucoup Les Mots migrateurs, de Marie Treps. C’est un livre qui nous emmène en voyage, à la découverte des mots français qui ont migré dans d’autres langues, et fait leur vie. Ça rejoint un peu ce que je disais avant sur « mouton » et « bœuf ».

Où vous voyez-vous dans 5 ans ? Un défi ou un souhait professionnel en vue ?

J’aimerais bien pouvoir organiser des stages intensifs, ou même continuer les cours hebdomadaires normaux, pendant l’été. Ou peut-être offrir des ateliers sur la journée ou la demi-journée. La plupart de mes étudiants sont retraités, alors c’est plutôt l’hiver qu’ils partent en vacances !

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