Jouons avec la francophonie


Autrice : Amandine Quétel, formatrice de formateurs et autrice de manuels FLE pour les Éditions Maison des Langues.

Elle animera la Rencontre virtuelle FLE du 14 avril 2020 sur le thème : « Francophonie : à vous de jouer ! »

Vous pouvez en savoir plus et vous inscrire gratuitement en cliquant ici.


Tous les ans, nous les enseignants de français langue étrangère, nous nous creusons la tête pour trouver des idées pour célébrer la journée de la francophonie, qui se transforme souvent en mois de la Francophonie. Et tous les ans on essaye de transmettre à nos chers apprenants l’idée que le français ne se parle pas qu’en France, que le français n’est pas une langue unique et que cette idée de francophonie pourrait bien leur ouvrir des portes.

Mais comment enseigner la francophonie ? Et si on passait par le jeu ? Notre idée ici est d’apporter d’autres idées, de jeu à faire en classe ou à distance, des jeux à inventer ou des jeux déjà créés, tout cela sans que cela ne nous demande beaucoup plus de travail. Nous réfléchirons donc à ce que cela signifie de jouer en classe, les bons et les mauvais côtés, et nous discuterons de la notion de francophonie.

Comprendre la francophonie

Avant d’aller plus loin il conviendrait déjà de procéder à une définition ou à une réflexion de ce que l’on entend par « francophonie » voire « Francophonie ». En tant que professeur.e.s de FLE, c’est une notion de laquelle nous sommes plutôt familier.ère.s, en tout cas de manière générale. On sait que ça regroupe tous les pays dans lesquels on parle français, et tous les locuteurs de langue française. Mais parfois on n’en sait pas beaucoup plus.

Comment aborder cette définition avec nos élèves, sous forme de jeu, de manière ludique et plaisante et faire en sorte qu’il en reste quelque chose ? Voici quelques idées :

Définir la francophonie

Lire une définition, apprendre par cœur une définition, réciter une définition, sont des possibilités… mais avez-vous déjà essayé de jouer avec une définition ? Pour ce faire, il est possible par exemple de procéder à une dictée de cette fameuse définition (pas très ludique me direz-vous) mais une dictée où plusieurs mots clés auraient disparu mystérieusement (ça devient un peu plus intéressant !) et seraient remplacés par le son « biiiiiip ». C’est la dictée à trous :

  • Selon le niveau et l’âge des apprenants, choisissez un texte plus ou moins long, plus ou moins complexe et sélectionnez entre 5 et 10 mots que vous allez supprimer.
  • Procédez à la dictée, de manière très classique, chaque élève écrivant son texte, et utilisez le son « biiiip » ou tout autre son pour remplacer les mots disparus.
  • Laissez ensuite quelques minutes de réflexion individuelle aux apprenants pour essayer de retrouver les mots manquants.
  • Puis proposez-leur de former des petits groupes (des équipes) et de se mettre d’accord sur les mots manquants.
  • Demandez-leur ensuite de passer leur texte (avec les mots choisis) à l’équipe d’à côté, puis dévoilez, ou lisez le texte dans son intégralité. Chaque équipe comptabilise les points pour les mots obtenus. À vous de fixer les règles encore une fois en fonction de votre public : est-ce que l’orthographe compte ? Est-ce qu’un synonyme vaut un demi point ? Pensez-y car ce sont des questions qui surgiront très probablement.
  • Chaque équipe récupère sa copie et on observe le palmarès : l’équipe qui a le plus de points est très chaleureusement applaudie !

Et voilà, l’air de rien, nos apprenants ont réfléchi ensemble et de manière ludique à la notion de francophonie.

Il s’agit maintenant d’essayer de rendre ce concept pour le moment théorique un peu plus concret.

Visualiser la francophonie

On peut bien sûr présenter une carte du monde et colorier / épingler / entourer / cocher / citer tous les pays francophones. Mais quoi de mieux, surtout pour les plus jeunes, que d’expérimenter la distance et l’omniprésence de la langue française sur la planète ?

Pour cela proposer à vos élèves de jouer à la carte de la francophonie :

  • Pour cette activité vous allez avoir besoin d’espace, donc en fonction de vos possibilités, faites de la place dans la salle ou sortez quelques minutes dans la cour.
  • Distribuez à chaque élève un papier sur lequel vous aurez inscrit le nom d’un pays francophone (ou un drapeau, une capitale, un plat, un personnage… en fonction de ce qu’ils pourraient déjà connaître) en leur précisant bien de ne pas le montrer aux autres.
  • Placez-vous face aux élèves et dites-leur que vous êtes à Paris, que derrière vous c’est le nord, devant vous le sud à votre droite l’ouest et à votre gauche l’est. Puis proposez-leur de se placer autour de vous en fonction de leur papier, comme si le sol était la carte du monde, dans le silence (sans communiquer entre eux).
  • Lorsque tout le monde pense avoir trouvé sa place, demandez à la personne placée la plus loin de vous d’expliquer où elle se trouve, et invitez les élèves à se replacer si besoin en fonction de sa réponse.
  • Puis interrogez d’autres élèves, toujours en partant du plus loin, en laissant la possibilité à chaque fois de se déplacer pour réajuster la carte au fur et à mesure.
  • Une fois tous les élèves interrogés, vous devriez obtenir une carte vivante de la francophonie. C’est alors l’occasion de faire remarquer qu’il y a des personnes sur tous les continents, que tout l’espace est occupé. Et à partir de là il est possible d’imaginer plein de choses !

Pourquoi jouer ?

Nos élèves aiment jouer en classe, parce qu’ils ont l’impression que pendant ce temps-là ils ne travaillent pas, ils s’amusent, le temps passe plus vite … Mais d’un point de vue pédagogique et acquisition d’une langue, qu’est-ce que le jeu apporte réellement ?

Travailler la compréhension

Le jeu permet de développer des compétences d’analyse, d’observation, de synthèse et d’esprit critique, puisque les joueurs seront amenés à prendre des décisions rapides à forts enjeux pour la partie. De plus notre apprenant/joueur va être confronté à des textes de tout type : oral, écrit, consignes, devinettes, phrases, illustrations, chiffres…

Travailler la communication

Idéalement si on joue en classe de français il faudrait que toute la communication avant, pendant et après le jeu se passe en français. Pour cela, il faut établir un glossaire des mots et expressions propre au jeu, par exemple : « à toi de jouer » ; « passe ton tour » ; « pioche » ; « lance le dé » … etc. De cette manière, on incitera les apprenants à s’exprimer en français tout au long du jeu.

La communication va passer par de multiples canaux (oral, corporel, illustratif …) et se faire de multiples manières, parfois de manière très spontanée, en réponse à une émotion, toujours en respectant le cadre établi, c’est-à-dire les règles du jeu.

Travailler l’expression

Dans le cadre d’un jeu, la prise de parole, ou l’expression au sens large va être à l’initiative de l’apprenant et non plus de l’enseignant qui interroge les élèves pour les faire produire de la langue, de ce fait leur temps de parole se voit multiplié et la participation est organisée puisqu’elle répond aux règles du jeu.

D’autre part la communication se fait de la manière la plus authentique qui soit, puisque dans un contexte réel (le jeu) et avec une finalité précise qui n’est pas directement liée au contexte de la classe.

Comment jouer ?

Il paraît donc évident que jouer apporte de nombreux avantages dans l’apprentissage d’une langue étrangère, cependant, du côté de l’enseignement, le jeu peut également être source de stress. Que faire alors pour pallier tous (ou presque) les obstacles qui pourraient se mettre sur notre chemin ?

Bien choisir le jeu

Il s’agit de trouver un jeu qui va répondre à nos objectifs pédagogiques, plaire à nos élèves (en fonction de leur âge et de leurs centres d’intérêt), convenir à leurs compétences (niveau de langue, savoir-faire, aptitudes diverses…) et répondre à nos contraintes (temps, espace, matériel…).

Anticiper

Avant de lancer le jeu dans la classe il faut se poser les bonnes questions : À quel moment de la progression va-t-on jouer ? Combien de temps dure le jeu ? Quel matériel ? Quelles consignes donner ? Quel sera mon rôle ? Quelle est l’organisation optimale des groupes ?

Jouer le jeu

Pour que cette activité reste ludique malgré le contexte de la classe il faut être capable de créer une atmosphère ludique et nous aussi jouer le jeu en adoptant une attitude de maitre du jeu et non plus de maitre de la classe.

Gérer la compétition

Cela nécessite de bien connaître ses apprenants, ou en tout cas d’être observateur pour pallier les éventuels conflits. On peut aussi opter pour des jeux où la compétition n’est pas importante, comme les jeux de hasard ou les jeux coopératifs qui sont de plus en plus nombreux. Mais la gestion de l’esprit de compétition peut faire partie des valeurs et des compétences que l’on souhaite transmettre aux plus jeunes et dans ce cas le contexte du jeu se prête tout à fait à lancer la discussion sur ces différents thèmes.

En outre, si l’on va chercher à éviter les cas de triche, il est indispensable que l’enseignant devienne quant à lui un « tricheur professionnel », autrement dit il nous faut connaître parfaitement tous les paramètres du jeu pour être en mesure de les ajuster discrètement en fonction des besoins et du déroulement de la partie (manque de temps, aider les plus en difficulté, choisir les cartes/actions à l’avance en fonction des joueurs…).

Pour terminer

Il ne reste donc plus qu’à trouver ou créer les jeux qui conviendront à nos classes, nos apprenants et nos objectifs pédagogiques.

Pour cela il existe de nombreux jeux déjà parfaitement adaptés au contexte de la classe, mais on peut aussi créer nos propres jeux, pour cela deux options : ou bien transformer une activité pédagogique en jeu (exemple de la dictée à trous) ou bien transformer un jeu traditionnel pour qu’il s’adapte à nos objectifs pédagogiques (exemple : adapter le bingo aux éléments de la francophonie).

Et surtout, lorsqu’on aura testé un jeu avec une classe, n’oublions pas de dresser un bilan, réfléchir à ce qui s’est bien passé et ce qui n’a pas fonctionné, analyser le plaisir des élèves, et vérifier si notre objectif pédagogique a bien été atteint. De cette manière on pourra perfectionner le jeu et le réutiliser encore mieux.

Maintenant : à vous de jouer !

Références :