Exploiter le potentiel de l’hybride en classe de FLE


Fanny Piat.

FOAD (Formation Ouverte à Distance), apprentissage flexible, formation multimodale ou encore Blended Learning… l’enseignement hybride fait aujourd’hui l’objet de nombreux débats, jusque dans sa dénomination.  Quand on parle d’hybride, on fait immédiatement référence à « une combinaison ouverte d’activités d’apprentissage offertes en présence, en temps réel et à distance, en mode synchrone ou asynchrone. » (APOP). Ce savant mélange « peut se faire à des degrés divers, avec une répartition plus ou moins égale entre activités pédagogiques en présentiel et à distance » (Sorbonne Université)

Parmi les configurations possibles, la classe inversée rencontre un véritable succès chez les enseignants de FLE. Les élèves apprennent à la maison en amont, par le biais d’activités et de cours en ligne. Dans un deuxième temps, les enseignants peuvent utiliser le temps de classe pour des exercices ou des projets qui mettent en ouvert les connaissances acquises à distance. Ce modèle permet en outre de personnaliser l’apprentissage en différenciant les parcours. 

La formation hybride peut être aussi « bimodale » ou « comodale » : le cours est donné simultanément à un groupe en présentiel et à des apprenants à distance grâce au numérique. L’enseignant dispense son cours devant un groupe en présentiel, tandis que d’autres personnes le suivent sur une plateforme, de façon synchrone ou asynchrone. 

Il existe donc autant de dispositifs que de configurations possibles. Néanmoins, certains facteurs ont encore tendance à freiner les enseignants et les institutions dans leur recours à l’enseignement hybride : 

  • La quantité d’outils et de ressources en ligne rend leur appropriation parfois compliquée.
  • Des cours créés à l’origine pour être dispensés en présentiel sont difficiles à hybrider.
  • L’institution ou bien les parents d’élèves peuvent voir d’un mauvais œil l’utilisation des nouvelles technologies en classe.
  • Les élèves peuvent être réticents à payer pour des cours qui ne seront pas exclusivement en présentiel.
  • Les enseignants se sentent parfois obligés de mettre en place des cours hybrides sans trop savoir pourquoi. 

Alors justement. Pourquoi hybrider ?

Le Louvain Learning Lab définit le modèle hybride comme « l’opportunité de dépasser le mode traditionnel de l’enseignement vers un des modes davantage incitatifs et interactifs ». En effet, dans le modèle hybride, l’apprenant est acteur, il est davantage incité à interagir et la valeur sociale de ses interactions est renforcée. Ainsi, en présentiel, l’enseignant favorisera les interactions, la collaboration et les productions orales des apprenants au travers de débats, de discussions, d’échanges, de mises en situations et d’études de cas. La partie distancielle, quant à elle, sera réservée aux activités valorisant l’autonomie des apprenants en mettant à leur disposition des ressources multimédias (vidéos, podcasts, articles) qui viendront soit compléter soit préparer ce qui se fait en classe. 

Après avoir été soigneusement préparé par l’enseignant, le cours hybride permet une grande flexibilité spatiale et temporelle. L’apprenant qui gère son apprentissage asynchrone en autonomie peut ainsi choisir de passer plus de temps sur une notion, sans la contrainte du groupe. Pour l’enseignant, les alternances présentiel/distanciel permettent de différencier plus aisément les parcours d’apprentissage. Finalement, ce dispositif agit sur les leviers de motivation en proposant un enseignement plus engageant et plus moderne. 

Comment se préparer ?

Une première phase d’analyse va permettre de mettre en place une hybridation cohérente et efficace. En effet, « l’hybridation d’un enseignement est une activité demandant à l’enseignant de mener un travail réflexif sur son cours, de faire des choix entre différentes approches et stratégies pédagogiques et de créer un fil directeur couvrant l’ensemble des contenus, activités et évaluations proposées. » (Sorbonne Université)

Il convient d’abord de bien comprendre son public. Il faut en effet pouvoir tenir compte de l’âge des élèves, de leur niveau d’apprentissage, de leurs compétences technologiques, de leur capacité à travailler en autonomie et de leur environnement d’apprentissage. La mise en place de l’hybridation va redistribuer les rôles et le travail de l’enseignant et de l’apprenant. En devenant plus autonome et plus actif, l’apprenant attendra de l’enseignant qu’il l’accompagne et le guide dans l’acquisition de ses apprentissages. 

Il faut également réfléchir à l’organisation du dispositif d’hybridation en amont. En effet, il faut que le temps passé à apprendre en distanciel vienne soutenir le travail effectué en classe et vice-versa. L’apprentissage dans les deux environnements, distanciel et présentiel, doit s’imbriquer et s’articuler tout en garantissant un certain contrôle des apprenants sur leur apprentissage (Maxwell, 2016 ; Staker & Horn, 2012). Il est donc fondamental d’engager une réelle réflexion préalable sur le rythme, la scénarisation du cours, les modalités utilisées et les rôles de chacun. 

Comment construire mon cours hybride en FLE ?

Il y a sûrement autant de façons d’enseigner que de professeurs de FLE, mais, dans tous les cas, la construction d’un cours hybride doit passer par certaines étapes :  

1. Définir des acquis d’apprentissage

Les acquis de l’apprentissage sont l’énoncé de ce qu’un apprenant sait, comprend et est capable de faire au terme d’un apprentissage. (Cedefop). « Il est important qu’(ils) soient précis et bien formulés notamment par l’utilisation de verbes d’action (taxonomie de Bloom) pour permettre à l’étudiant de comprendre ce qui est attendu de lui ». (Sorbonne Université)

Dans nos méthodes Cap Sur…, À La Une et Défi, chaque leçon correspond à un objectif pédagogique et peut vous servir à définir les acquis d’apprentissage de votre cours hybride. Tous ces objectifs sont répertoriés dans le tableau des contenus en début d’ouvrage. N’hésitez pas à le consulter et à vous en inspirer pour savoir quelle orientation donner à votre cours hybride. 

2. Choisir des activités d’apprentissage, des ressources et des outils

Outre les activités d’apprentissages disponibles dans nos ouvrages, Espace virtuel propose un grand nombre de ressources pour venir alimenter votre séquence pédagogique : articles de presse didactisés dans la rubrique « Actualités », vidéos didactisées avec leurs fiches Enseignant, exercices interactifs, tutoriels  etc… Lors de la sélection des ressources et activités d’apprentissage, il est important de privilégier la qualité à la quantité. Ainsi, en plus des activités d’apprentissages présentes dans chaque unité, une section « Itinéraires numériques » propose des ressources classées et regroupées par thématiques. Ces ressources additionnelles permettent de mobiliser les connaissances des étudiants tout en les motivant davantage.

3. Scénariser le cours

Cette étape va permettre « d’assurer la cohérence entre les séances présentielles et distancielles dont le pourcentage va fortement influer sur le choix des activités ». (Isabelle Barrière). Il va donc falloir distinguer les activités qui se feront en présentiel de celles qui se feront en distanciel. Parmi les activités réalisables en distanciel asynchrone citons par exemple : la recherche d’informations, les productions individuelles, test, quiz, mutualisation de ressources. En classe virtuelle et en présentiel on privilégiera les activités de groupe, débats, discussions, productions collectives, retour sur les activités proposées en asynchrone et approfondissement des points de grammaire. 

Dans un tableau de scénarisation détaillée, vous allez donc pouvoir rentrer dans le détail de chaque séance pour déterminer les objectifs, les activités, leur durée et leur modalité (distanciel/présentiel), les ressources et outils nécessaires, si elle est individuelle ou collaborative, ainsi qu’un bref déroulé. 

Les éditions hybrides vous laissent une grande liberté quant à la scénarisation de votre parcours. Les activités peuvent être réalisées à la fois en présentiel et à distance. À vous de choisir quelles modalités et quel ratio vous intéresse. La fonction « devoirs » vous permet d’attribuer des travaux à vos différents « groupes ». Ces tâches peuvent ainsi être réalisées aussi bien en synchrone qu’en asynchrone, en présentiel qu’à distance.

4. Évaluer et proposer des feedbacks efficaces

Afin de finaliser la construction de votre cours hybride, des évaluations et auto-évaluations sont disponibles sur Espace Virtuel pour Cap sur…, À la une et Défi. La rétroaction (ou feedback) n’est pas à négliger. Il s’agit d’ « une information que l’enseignant fournit à l’apprenant à propos de la réalisation des tâches d’apprentissage ». (Capsule). Elle est motivante lorsqu’elle permet à l’apprenant de se situer dans son parcours d’apprentissage et lui donne des clefs pour progresser. Sur Espace virtuel, il est possible d’évaluer les travaux de nos apprenants à l’écrit comme à l’oral.  Ainsi, rien de plus simple et naturel que de corriger une production orale par une note vocale de l’enseignant. Celui-ci dispose ensuite d’un tableau récapitulatif permettant d’avoir une vue d’ensemble des performances de ses apprenants. 

5. Organiser et animer les classes virtuelles

Si elle n’est pas systématique en format hybride, la classe virtuelle est une modalité synchrone souvent privilégiée par les enseignants. Espace virtuel dispose de cette fonctionnalité. Une fois vos groupes créés, vous aurez accès à une salle de visioconférence proposant le partage d’écran, une messagerie instantanée, ainsi qu’à un tableau blanc. Sur le plan pédagogique, son approche diffère de la conception et de l’animation en présentiel. Pour en savoir plus, consultez le Kit pédagogique CAPSULE de Sorbonne Université qui détaille comment préparer et animer une classe virtuelle (dans la bibliographie).

Après avoir scénarisé votre cours, il convient de ne pas oublier l’étape ultime de la vérification de l’alignement pédagogique. Il s’agit alors d’assurer la cohérence et l’imbrication des acquis d’apprentissage visés, des activités d’enseignement et des stratégies d’évaluation. En cas de non-alignement d’un ou plusieurs de ces principes, il conviendra de réviser le scénario pédagogique. 

Conclusion

Ces trois dernières années ont donc vu émerger de nouvelles tendances dans l’enseignement des langues. L’émergence de l’hybride comme une modalité d’enseignement efficace n’est plus à démontrer. Son efficacité dépend néanmoins de facteurs énoncés dans cet article et de quelques règles d’or qu’il convient de résumer ici : 

  • Tout d’abord, bien réfléchir à l’articulation distanciel/présentiel et à « l’organisation de cet ensemble (qui) ne doit pas être un simple empilement d’activités aux modalités diverses : l’hybridation doit garantir un continuum parmi toutes les activités proposées » (Sorbonne Université)
  • Ensuite, éviter la surcharge cognitive de nos apprenants en leur proposant trop d’outils et de ressources à consulter. 
  • Au moment de la rédaction du syllabus, penser aux meilleurs moyens d’intégrer les nouvelles technologies que ce soit en présentiel ou à distance.  
  • Penser à utiliser des portfolios en ligne, un bon moyen de rassembler toutes les productions de nos apprenants. 
  • Enfin, ne pas négliger votre rôle dans la rétroaction et chercher des moyens d’intégrer des évaluations formatives comme l’auto et la co-évaluation.

 

Pour en savoir plus sur l’enseignement hybride, vous pouvez consulter : 

 

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