Découvrons l’outil de la carte mentale


Autrice : Amandine Quétel, formatrice de formateurs et autrice de manuels FLE pour les Éditions Maison des Langues. Elle a animé une Rencontre virtuelle FLE intitulée « Carte mentale : pour quoi, pourquoi et comment ? » le 23 octobre 2019 : vous pouvez la voir ou la revoir sur notre chaîne Youtube en cliquant ici.


Qui n’a jamais rêvé de pouvoir cartographier ses idées, expliquer visuellement ce qu’il a en tête ou au contraire schématiser des données, des concepts et des processus pour mieux les comprendre et les mémoriser ? Si vous vous reconnaissez dans ces quelques lignes alors il y a de fortes chances que la carte mentale révolutionne votre manière d’apprendre et donc d’enseigner !

La carte mentale, utilisée déjà depuis quelques années dans les écoles en Finlande, et petit à petit introduite dans les classes en France, est un outil pédagogique qui a tous les avantages : gratuit, facile à prendre en main, ludique, ne nécessitant pas beaucoup de matériel et permettant de faire de nombreuses activités !

Dans notre contexte d’enseignement et d’apprentissage de la langue française nous allons voir qu’il a de nombreuses applications et devrait être bénéfique tant pour nos apprenants que pour nous !

Qu’est-ce qu’une carte mentale ?

Pour commencer il s’agirait de comprendre exactement ce qu’est une carte mentale, et il faut tout d’abord rappeler que plusieurs mots ou expressions peuvent désigner ce même objet : carte mentale, carte (h)euristique (en référence au grec « Euréka », pour la recherche et la découverte scientifique), mindmap en anglais, mapa mental en espagnol. Toutes ces expressions se rapportent à notre sujet d’intérêt.

Si l’on veut décrire simplement ce qu’est une carte mentale, on peut dire qu’il s’agit d’un schéma reflétant l’organisation et le fonctionnement de la pensée d’un individu, telle une carte routière de notre cerveau en quelque sorte.

Une carte mentale est donc un diagramme qui permet de connecter des idées, des informations, des données, des concepts, avec un cœur qui représente la thématique de la carte, puis une arborescence sous forme de branches et de sous-branches pour regrouper, relier, exposer les idées et les données.

Comment fabriquer une carte mentale ?

  1. Prenez une feuille de papier de format au minimum A4, idéalement plus grand et munissez-vous de feutres ou crayons de couleurs.
  2. Respirez à fond, concentrez-vous et libérez-vous des formats rigides et linéaires : votre carte mentale est à vous et vous êtes libres d’y faire ce que vous souhaitez.
  3. Commencez par dessiner le cœur de la carte, au centre de votre feuille. Le cœur est un peu le titre de votre carte. Il faut qu’il soit imagé, n’hésitez pas à dessiner et choisissez bien les mots-clés de votre titre. Dans le cas où vous ne dessiniez pas, faites une forme neutre (un nuage par exemple).
  4. Une fois le cœur bien installé au centre de la feuille, vous pouvez vous attaquer aux branches. Chaque branche représente un thème, il sera de bon usage de choisir une couleur par branche pour faciliter la lisibilité de la carte. On pourra ensuite écrire des mots clés (1 ou 2) sur la branche et les sous branches.
  5. Dernier point, et pas des moindres : dessinez ! Pictogrammes, symboles, dessins, couleurs, faites-vous plaisir et n’hésitez pas à illustrer votre carte. Parfois un pictogramme est plus pertinent que 2 mots-clés. L’idée est de pouvoir comprendre rapidement les concepts exposés de la carte.

Voilà, vous avez devant vous votre première carte mentale !

A quoi ça sert ?

Maintenant que nous savons élaborer une carte mentale, reste à savoir ce qu’elle peut nous apporter. Pourquoi ne pas continuer à faire des listes, des plans linéaires ou rédiger des paragraphes d’explications ?

Vous l’aurez compris, une carte mentale est un outil très visuel qui permet de spatialiser l’information et donc de clarifier de manière graphique des concepts, des processus ou des données en quantité importante. De cette manière la compréhension et la mémorisation vont être grandement facilitées.

Figure 1 par Marion Charreau, Territoire des langues

Écouter, parler, écrire, apprendre, comprendre et mémoriser, voici les 6 fonctions que développe Marion Charreau[1] pour la carte mentale.

Lorsque l’on s’adresse à un auditoire, quel qu’il soit, si l’on veut transmettre des informations, concepts ou données de manière claire et efficace, il faut d’une part que le discours soit organisé, et d’autre part que l’orateur soit convaincant. Utiliser une carte mentale comme support d’expression orale permet en un coup d’œil de visualiser l’intégralité des notions à transmettre, leurs imbrications les unes avec les autres, les connexions, les liens de causes à effets etc. De plus, l’orateur va pouvoir regarder son public dans les yeux plutôt que de lire mot pour mot le discours qu’il aura préparé.

Il en va de même pour écrire un article, un essai, une dissertation, une lettre etc. Le schéma en arborescence permet de ne rien oublier et d’organiser toutes les informations de la manière la plus logique possible.

Dans l’autre sens, l’auditeur ou le lecteur va pouvoir, par exemple, prendre des notes sous forme de carte mentale lors d’une conférence, à l’écoute d’un podcast, en assistant à un cours, et de cette manière développer une écoute active, puisqu’il va devoir placer les informations qu’il recueille sur une carte mentale, et pour cela il faut les avoir comprises et être capable de les relier au reste d’informations, donc de construire sa compréhension de la thématique.

Enfin bien sûr, la carte mentale est un outil de mémorisation très performant pour plusieurs raisons : tout d’abord du fait des liens établis entre les informations qui contribuent à leur ancrage dans la mémoire. D’autre part l’aspect visuel et graphique de l’outil, avec ses dessins, pictogrammes et couleurs, permet d’installer dans la mémoire des pistes pour récupérer plus facilement les informations en cas d’oubli. On pourra ainsi se souvenir de la couleur, de la localisation dans l’espace ou d’un symbole pour se remémorer une information.

Et concrètement en classe de FLE ?

« Il faut prendre en compte « l’impact de la révolution des intelligences », et privilégier les « compétences du XXIᵉ siècle » : non plus, par exemple, mémoriser et calculer (ce que les machines font mieux que nous), mais créer et coopérer »
« Apprendre au XXIᵉ siècle : un pari sur l’intelligence collective » ; 15 novembre 2018 Charles Hadji dans theconversation.com

Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, il ne nous est plus indispensable de mémoriser des dizaines de numéros de téléphone, ni de savoir réaliser des calculs mentaux élaborés puisque les ordinateurs et autres smartphones s’en chargent pour nous. Prenons-le comme un avantage : les machines nous libèrent de l’espace et de l’énergie dans nos cerveaux pour pouvoir développer d’autres compétences et aptitudes. En effet, aujourd’hui il est important d’être créatif, réactif, de comprendre et de pouvoir expliquer rapidement un concept à quelqu’un, d’être capable de travailler avec autrui, de coopérer etc.

L’outil de la carte mentale nous permet justement de développer toutes ces compétences, et dans la classe de FLE, elles sont primordiales.

Voici à suivre quelques exemples d’activités que l’on peut mettre en place avec nos apprenants avec la carte mentale :

  • Préparer un examen de production orale ou écrite : entraînez vos apprenants à réunir et organiser leurs idées sous forme de carte mentale, plutôt que de faire un brouillon linéaire. Ils pourront ainsi récolter toutes les informations qu’ils souhaitent transmettre dans leur production dans le même temps qu’ils les organiseront par catégorie.
  • Faire un remue-méninge : en classe entière ou en petits groupes, proposez aux apprenants de réunir le maximum d’information sur un sujet donné sous forme de carte mentale plutôt que sous forme de liste. Le format en arborescence permet d’être plus exhaustif car la pensée va se développer et prendre des chemins auxquels on ne serait sans doute pas parvenus en faisant une liste. De plus les apprenants vont directement classer leurs idées en catégories, ce qui va les aider à mémoriser et donc à réutiliser ces données.
  • Se présenter : En début d’année dans toutes les classes, de tous les pays et de tous les niveaux on commence par se présenter. Pourquoi ne pas proposer aux apprenants de réaliser leur portrait, ou celui de leurs camarades, sous forme de carte mentale, avec des dessins, des collages, des couleurs etc. Cet objet pourra ensuite rester dans la salle toute l’année et éventuellement être réutilisé, complété etc.
  • Expliquer une règle de grammaire : plutôt que d’écrire des paragraphes pour expliquer comment fonctionne un temps, un verbe, un mode etc. Pourquoi ne pas résumer la règle et toutes ses exceptions sous forme de carte mentale ? Prenons par exemple le passé composé, qui est l’un des temps les plus complexes à enseigner et à apprendre, on pourra proposer aux apprenants qu’ils réalisent leur carte mentale à compléter à chaque étape de l’apprentissage. Ils pourront alors faire une première branche sur le choix de l’auxiliaire, puis la construction du participe passé, l’accord du participe passé, l’emploi du passé composé… et y revenir à chaque fois qu’ils auront un doute.
  • Récapituler le lexique d’une séquence :

Figure 2 : extrait de Cap sur… 1, méthode de FLE pour enfants des Éditions Maison des Langues

Conclusion

La carte mentale est un outil extrêmement polyvalent, qui invite à être créatif, à sortir du cadre traditionnel de pensée et qui permet d’être plus efficace pour de nombreuses actions d’apprentissage, d’enseignement et autres activités de notre vie quotidienne et professionnelle.

Alors si vous avez envie d’essayer cet outil mais que vous ne le maitrisez pas encore, lancez-vous, faites des cartes mentales sous n’importe quel prétexte : vous écoutez le flash info dans le bus, prenez un papier et un crayon et essayez de prendre des notes sous cette forme. Vous planifiez vos prochaines vacances : cartographiez-les ! Vous préparez votre prochain cours : faites-le sous forme de carte mentale !

C’est en faisant que vous comprendrez les rouages de l’exercice et que vous pourrez alors proposer à vos élèves de le mettre en pratique et d’en réaliser à leur tour.


[1] Formatrice et consultante spécialiste de la carte heuristique, auteure du blog « Territoires des langues »