Coopération et collaboration en classe de FLE


Amandine Quétel vous révèle comment le travail de groupe en classe de français langue étrangère peut enrichir l’apprentissage et stimuler les compétences linguistiques des élèves.

Cet article, complémentaire au Tuto du FLE d’Amandine Quétel “Comment mettre en place des travaux en groupes dans vos classes ?”, détaille des stratégies efficaces pour enrichir l’apprentissage du français langue étrangère à travers le travail de groupe.

Faire travailler des élèves en groupe, pour coopérer ou collaborer, peut souvent être un défi de taille pour les enseignants. Entre le manque de volonté ou de motivation des élèves, les problèmes liés à l’organisation, au matériel, à l’espace, les conflits ou la mauvaise entente entre les élèves et la contrainte du temps, créer un environnement propice à la collaboration qui permette d’atteindre ses objectifs pédagogiques, peut sembler complexe. Cependant, malgré ces nombreux défis, les avantages liés à la collaboration en groupe sont nombreux et valent la peine d’être explorés.

Il est évident que le travail de groupe dans une classe de langue a de nombreux avantages autant pour les apprenants que pour les enseignants.

Il permet tout d’abord d’obtenir une plus grande diversité des perspectives : agir en groupe permet aux élèves d’interagir avec leurs pairs qui ont des expériences, des connaissances et des compétences diverses et souvent complémentaires des leurs. Cette diversité peut déclencher des discussions riches et offre une perspective culturelle variée, ce qui est particulièrement pertinent dans l’apprentissage d’une langue étrangère.

D’autre part, apprendre à travailler ensemble, à collaborer ou à coopérer encourage l’entraide entre les élèves. Les apprenants peuvent se soutenir mutuellement dans la compréhension des concepts difficiles, facilitant ainsi l’apprentissage grâce à des explications entre pairs. Or, on le sait, nos élèves vont mémoriser et réellement acquérir 90 % de la matière lorsqu’ils enseignent, contre à peine 30 % lorsqu’on leur aura simplement expliqué. Placer les élèves de l’autre côté de la classe à tour de rôle renforce donc drastiquement leur implication et leur motivation.

Nous sommes ici dans un contexte de classe de langue vivante, n’oublions pas alors que travailler en groupe va permettre une importante amélioration des compétences de communication puisque ce travail nécessite une communication constante. Les élèves développent ainsi leurs compétences en expression orale, en écoute active et en rétroaction constructive, compétences essentielles dans l’apprentissage d’une langue étrangère.

Un autre avantage, et pas des moindres, notamment lorsque le public d’apprenants est composé d’adolescents qui n’ont pas réellement choisi d’apprendre la langue française : la motivation ! En effet, la collaboration crée un environnement motivant où les élèves sont activement impliqués dans leur propre apprentissage. Les projets de groupe et les activités collaboratives stimulent leur enthousiasme, augmentant ainsi la motivation intrinsèque des apprenants.

Enfin, notre rôle d’éducateur, autant que d’enseignant est de préparer nos élèves à la vie réelle, or, le travail en groupe reflète la réalité sociale et professionnelle où la communication et la collaboration sont essentielles. Les compétences acquises dans un environnement de classe se traduiront ensuite directement dans des situations de la vie quotidienne et professionnelle.

Mais alors comment faire pour que ces moments pédagogiques se déroulent du mieux possible ? Il y a sans doute 3 étapes clés à prendre en compte lors de la préparation des activités : la composition des groupes, l’organisation du travail au sein de chaque groupe, et le choix de l’activité.

1) Bien composer les Groupes

La première étape cruciale pour qu’une activité collaborative fonctionne en classe de français langue étrangère est de bien composer les groupes. Plusieurs approches peuvent être considérées, chacune avec ses avantages, il s’agira de choisir en fonction de son contexte, de son objectif et de sa connaissance du public d’élèves.

Former des groupes homogènes

Dans cette approche, les élèves ayant des niveaux, compétences, profils ou centres d’intérêt similaires sont regroupés. Cela favorise une dynamique où les membres du groupe partagent des caractéristiques communes, ce qui les amènera à accomplir des tâches correspondant à leur niveau ou centres d’intérêt. Ce dispositif permet de faire de la différenciation entre les groupes pour l’enseignant, en ayant bien conscience que les résultats pourront sans doute varier d’un groupe à l’autre. Dans ce cas les attentes doivent également être différentes, pour chaque groupe.

Former des groupes hétérogènes

À l’inverse, la composition de groupes hétérogènes consiste à mélanger délibérément les éléments de chaque groupe pour créer des groupes diversifiés en interne mais de niveaux similaires au niveau de toute la classe. Cette approche permet d’obtenir une plus grande variété d’idées et de compétences, mais demande une gestion attentive de la part de l’enseignant car c’est dans ces situations que l’on pourra retrouver des problèmes d’ententes ou de compétition à l’intérieur des groupes.

Laisser les élèves former les groupes de leur choix

Les élèves ont la possibilité de composer leurs propres groupes en fonction de leurs critères. Cela peut encourager un sentiment de responsabilité et d’engagement, mais parfois générer une certaine perte de temps si on n’a pas pensé à limiter le temps de cette étape.

Former des groupes de manière aléatoire

La méthode la plus simple, qui consiste à former des groupes de manière aléatoire, éventuellement via un tirage au sort, une roue de la fortune, ou bien par un petit jeu au préalable. Cela permet une mise en place rapide et efficace, sans discussions potentielles de la part des élèves.

2) Aider les élèves à s’organiser au sein du groupe

Une fois les groupes formés, il est essentiel d’aider les élèves à s’organiser efficacement, notamment avec les plus jeunes qui ne disposent pas nécessairement des compétences de travail en groupe. Cela relève de la responsabilité des enseignants, qui peuvent adopter plusieurs approches.

Les dynamiques coopératives

Encourager les élèves à travailler dans des dynamiques coopératives où chaque membre contribue à la réalisation des objectifs du groupe. Cela favorise un environnement de travail positif. Ces dynamiques coopératives doivent être bien pensées et structurées par l’enseignant avant leur mise en place pour qu’elles permettent effectivement d’engager efficacement chaque membre du groupe de manière équilibrée.

Attribuer des rôles et des responsabilités

Assigner des rôles spécifiques à chaque membre du groupe est un moyen efficace de garantir une répartition équitable du travail, de s’assurer que chaque membre du groupe a une responsabilité dans le bon déroulement de l’activité et permet également, lorsqu’on connaît bien ses élèves, d’attribuer des rôles en fonction des compétences individuelles de chacun.

Exemple de rôles :

  • Gestionnaire : qui organise le travail et s’assure que les objectifs sont remplis
  • Porte-parole : qui communique les résultats et communique aussi avec les autres groupes ou l’enseignant
  • Scribe : qui est en charge de l’écrit en interne et pour l’extérieur
  • Chronomètre : en charge de la gestion du temps au sein du groupe

Répartir les tâches

Diviser le travail en différentes tâches complémentaires permet d’assurer une contribution équilibrée de chaque membre du groupe. Les élèves doivent par la suite assembler leurs différentes contributions pour arriver à un résultat commun pour l’ensemble du groupe.

3) Choisir les bonnes activités à faire en groupe

Enfin, il est crucial de sélectionner des activités appropriées pour maximiser les bénéfices de la collaboration, en fonction du public cible. Pour cela nous allons observer ce qui est proposé dans la collection Les Globe-Trotteurs pour le public adolescent et Prêt-à-parler pour le public adulte.

Pour les adolescents

On pourra notamment proposer de jouer en groupe (Les Globe-trotteurs 1, page 48, activité B) pour contribuer à une meilleure entente au sein de la classe et stimuler la motivation des élèves.

Des activités favorisant les interactions orales, sont également des activités qui permettent un travail de groupe efficace et intéressant pour les apprenants adolescents. (Les Globe-trotteurs 1, page 49, activité C)

Enfin les projets collaboratifs (mini projets (Les Globe-trotteurs 1, page 49, mini projet) et projets finaux) sont des activités qui captent l’attention des adolescents et encouragent leur participation active au sein d’un groupe.

Pour les adultes

On peut mettre en place des activités de groupes pour pratiquer les structures linguistiques (actes de parole, grammaire, lexique…) découvertes dans un contexte de communication le plus réel possible. (act 17 p107 PAP1)

Il est également intéressant de stimuler les échanges interculturels en proposant de comparer et analyser différentes pratiques. (act c p 108 PAP1)

Enfin on peut également mentionner les activités de production écrite collectives qui sont particulièrement adaptées aux adultes, stimulant leur apprentissage de manière significative. (act 22 p 109 PAP1)

 

Pour conclure, il apparaît tout à fait évident que malgré les nombreux défis que posent les dynamiques de travail de groupe en classe, tant pour les élèves que pour les enseignants, la collaboration et la coopération en classe de français langue étrangère est une démarche précieuse pour enrichir l’apprentissage sur bien des aspects. En adoptant des approches réfléchies pour la composition des groupes, l’organisation interne et le choix d’activités, les enseignants peuvent créer un environnement propice à l’apprentissage et au développement personnel de leurs élèves.

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